C’est bien à une expérience, que je vous convie

Publié le par regardE-MOI

 

          I.     C’est bien à une expérience, que je vous convie. Vous faire partager mon goût pour les déplacements et les transports. Les transports artistiques surtout. Mais je suis ignorant des siècles et des siècles de dévotions accumulées ici. Je veux me passer d’étudier tout ça en détail. Je sais que je pose un postulat artistique. C’est ce que je voudrais vous faire admettre. Sans discussion. Cette posture me paraît aller de soi : un sujet plus grand que soi demande quelques impasses.

 

        II.     Soit. Vous, vous dites parfois « j’attends d’une scène des questions, j’attends qu’elle bouscule mes certitudes, qu’elle me désoriente ». Mais vous aimez aussi aller au spectacle pour oublier la vie quotidienne, pour vous évader. Moi, ce que je voudrais faire, c’est vous distraire. Vous distraire comme on détourne. Détourner pour vous faire dériver. Pour que vous lâchiez la grève et la prise. Je ne vous demande qu’une heure de votre temps.

 

      III.     Vous distraire et vous suggérer une question sur l’artiste : quel rôle joue-t-il dans la révélation de la foi ? Et dans sa perpétuation ? Je ne suis pas iconoclaste. Je suis de mon temps. C’est une question contemporaine. Du temps de Bach, on m’aurait conduit au bûcher. Son temps est passé, les temps ont changé.

 

 

     IV.     Je me tourne à nouveau vers cette église, vide il y a un instant encore. Je voudrais que la vie y revienne, que les murs ne soient plus des vestiges. Je n’ai que des mots. Mes mots. Pour que la vie soit de nouveau. Pour vous amener là où vous ne pensiez pas aller. Pour aller là où d’autres sont passés. Tellement d’autres. Oubliés mais présents. Comprendre pourquoi ils étaient là. Ce qu’ils faisaient là. Eux qui ne sont plus et qui sont toujours là.

 

       V.     Vous êtes ici, attirés par cette musique mystérieuse qui s’élève de ces pierres. Qui fait ce prodige de produire une musique plus grande que soi, qui nous touche par-delà les ans, et quelque soit l’endroit où on la joue ?

 

     VI.     Je pense à ces hommes qui ont lié leur vie à Dieu, à eux qui ont habité, vécu, prié ici. Cela me paraît à la fois proche et lointain, tangible et inaccessible. Je pense à eux, qui ont bâti ici, qui ont transporté ces pierres, qui les ont taillées et assemblées. Il fallait construire certes, mais peut-être aussi travailler une ascèse. Apporter sa pierre à l’édifice. Sans en voir la fin, car la sienne propre surviendrait bien avant l’achèvement du bâtiment.

 

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