Rothko ne voudrait céder ses toiles qu’à ceux qui les aiment au-delà de la raison

Publié le par regardE-MOI

            I.    Rothko ne voudrait céder ses toiles qu’à ceux qui les aiment au-delà de la raison. Qui peuvent fermer les yeux et les voir encore. Qui les emmènent partout avec eux, pour les faire ressurgir dans des endroits incongrus. En train, à table, au bureau. Rothko voudrait être dans toutes les têtes. Être certain que ce sont bien les couleurs qu’il a choisi qui teintent les neurones des regardeurs. Etre sûr qu’il n’y a pas de pensées parasites. Que vous ne pensez pas à votre femme ou à votre chien, là devant ses toiles.

        II.    Mais qu’il ne s’inquiète pas ! Vous allez loin en effet. Vous, vous êtes fétichiste. Vous découpez au cutter une pièce de toile prise sur la tranche. Ça ne se voit pas. Pas au premier coup d’œil, la toile n’est pas lacérée. Mais de ce scalp, vous faites une relique. Vous mettez ce bout d’art en médaille sainte.

      III.    Vous, vous êtes animiste. Vous mangez un lion, et vous êtes la force du lion. Vous léchez la peinture. Vous hachez la toile en hosties. Vous laissez fondre les pigments sous votre langue. Vous n’avez pas touché avec votre main ! Non, vous êtes resté les bras attachés dans le dos. Vous êtes agenouillés devant la toile, soumis à la peinture. Une mortification.

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